Sonorisation Part. 2
Comment juge t’on la qualité d’une sonorisation ?
On peut établir des critères qui permettront en pondérant chacun d’entre eux de tendre à une sonorisation de qualité mais en réalité, il n’y a pas une solution à une installation adéquate mais plusieurs dont on éliminera les moins pertinentes par compromis. Chaque sonorisation est un cas particulier, dans certain cas, on est limité par le type des enceintes et donc le seul degré de liberté reste le positionnement de celles-ci. Parfois, c’est le système d’accroche sur le pont qui ne peut être déplacé, le choix se fera alors sur la directivité et le nombre des enceintes. Parfois c’est l’œuvre à sonoriser qui impose les contraintes (pour le classique on tendra à obtenir un renfort sonore alors que pour le rock, on souhaitera un niveau de puissance élevé ...), parfois l’emplacement de la scène (qui peut être une scène classique mais aussi centrée ou encore fragmentée en plusieurs endroits) ou encore le lieu de la manifestation (stade, église...)
Avant toute chose, il est impératif de connaître au mieux le lieu, le matériel disponible et les points d’accroche du lieu à sonoriser. Le choix de la sonorisation retenue dépendra de ces trois paramètres.
Dans la démarche de tendre vers une solution optimale, on s’aidera de critère acoustique propre à la sonorisation.
L’intelligibilité est le critère le plus utilisé pour les locaux « insonorisables » (église, hall de gare ou encore dans des lieux où le message du locuteur doit parvenir à l’auditeur de manière inaltérée : salle de conférence, amphithéâtre, podium...) Le but recherché est de rendre compréhensible l’intégralité du message. On remarquera qu’une bonne sono améliorera l’intelligibilité d’un lieu mais qu’une mauvaise produira l’effet inverse.
Dans un lieu fermé, on s’aperçoit que le temps de réverbération et la clarté sont des critères acoustiques fortement liés à l’intelligibilité. D’ailleurs certains critères d’intelligibilité se calculent en fonction de la valeur du temps de réverbération, de la distance de la source, du volume de la salle et du coefficient de directivité des sources.
La clarté est un paramètre qui donne le rapport entre l’énergie précoce et l’énergie réverbérée. Il ne faut pas confondre avec le rapport CD/CR Champ Direct /Champ Réverbéré qui est un autre moyen d’exprimer la clarté.
Le paramètre idéal est la clarté locale qui prend en compte la directivité et le nombre des enceintes pour estimer le rapport CD/CR. Plus le nombre d’enceintes est élevé plus la clarté baisse car la salle est d’autant plus sollicitée et le champ réverbéré augmente. Lorsque le coefficient de directivité augmente, le champ direct aussi.
Mais le critère le plus important reste l’homogénéité en niveau et en spectre sur toutes les places de l’audience à sonoriser.
Une sonorisation sert à rendre clair et audible un message ou une musique à des auditeurs.
En raisonnant par l’absurde, la sonorisation idéale dans une salle consisterait à fournir un haut parleur à chaque auditeur. Pour des raisons économiques, on va chercher à rationaliser le nombre de haut-parleurs avec la logique suivante :
-Les enceintes ne doivent couvrir que la zone d’audience.
-On cherchera des enceintes avec des directivités contrôlées qui s’adaptent à la zone d’audience et aux points de fixations.
-Toute l’audience doit être couverte de manière homogène.
-On retiendra la solution comportant le moins d’enceinte.
-Plus les enceintes sont éloignées, plus elles ouvrent larges.
On pourra s’aider d’un logiciel de simulation comme Ease ou Catt-acoustic qui permet de cibler tout comme des projecteurs, la zone de couverture à -3dB et à -6dB des enceintes. Il est très difficile de cibler visuellement l’angle d’ouverture des enceintes lorsqu’elles sont placées en hauteur et que la surface d’audience est oblique...
Les constructeurs d’enceintes nous indiquent la plupart du temps, la dispersion horizontale et verticale vers 2kHz de chacun de leurs modèles. On tentera de faire coller ces projections isobares à – 6dB entre-elles afin que le niveau soit égal en tout point de l’audience.
Certaines enceintes ont des directivités dissymétriques pour corriger les effets de distance. Elles ouvrent plus larges en bas qu’en haut car elles sont physiquement plus proches du 1er rang que le dernier (une sorte de compensation automatique pour éviter les projections elliptiques). Voir Figure 1, où l’on constate d’une part, que les places en bas sur le coté sont mal couvertes et d’autre part, que l’angle d’ouverture de l’enceinte est nettement insuffisant. L’idéal, c’est de tendre vers une variation de niveau entre les différentes places inférieure à 6 dB.

Figure 1
Ces cartographies d’audiences sont très utilisées car, elles dégrossissent rapidement le nombre des solutions possibles, et fournissent les niveaux de pression sonore (SPL) de l’audience en tout point.
Analysons maintenant un cas simple d’audience à couvrir, c'est-à-dire une audience rectangulaire, pour laquelle on étudiera 4 choix possibles parmi d’autres de placement d’enceinte. Sur la Figure 2, une seule enceinte couvre l’audience, la simulation a été faite avec une enceinte qui ouvrait de 90 sur 90 °, on voit que la couverture verticale est bonne mais il en manque un peu aux extrémités. On aurait dû choisir une enceinte qui ouvre plus large horizontalement que verticalement. Cette configuration est certainement la meilleure mais l’éloignement de l’enceinte par rapport à la zone à sonoriser nécessite de très bons rendements d’enceinte et une forte puissance.

Figure 2
Sur la Figure 3, on utilise un cluster central qui arrose toute l’audience. Ce type de montage demande des enceintes qui doivent se coupler parfaitement à toutes les fréquences au risque de défauts très prononcés au centre de l’audience. Lorsque l’on utilise plusieurs enceintes, les basses étant omnidirectionnelles sauf pour certains type d’enceintes, on aura tendance à polluer la salle dans le registre grave (son de tonneau).

Figure 3
La Figure 4 est une variante mais plus dégradée car si l’on utilise plusieurs enceintes, les filtres en peigne se créent inexorablement dans les zones où plusieurs enceintes interagissent. Par contre, ce type de montage autorise l’utilisation d’enceintes qui se couplent mal.

Figure 4
Enfin la Figure 5 est une configuration des enceintes en château sur la scène ou en nez de scène. Dans ce cas, on peut se passer des systèmes de retard car le son provient forcément de la scène. Ce genre de configuration est à déconseiller pour les amateurs car on risque fort de rendre sourd les VIP placés devant si on ne prend pas un maximum de précautions. Ces systèmes sont à utiliser avec des systèmes complémentaires pour rendre la dispersion homogène sur toute l’audience.

Figure 5
On comprendra que la diffusion en stéréophonie ne peut fonctionner que pour la minorité du public placée au centre des 2 enceintes et n’a donc quasiment aucune raison d’être même pour spatialiser l’audience car une bonne sono consiste à ne pas faire réagir la salle. L’égalisation par la mesure n’est possible qu’avec des systèmes centralisés. Les sonorisations distribuées impliquent tellement de filtrage en peigne qu’il est impossible même en moyennant sur des dizaines de points de mesure d’obtenir des données cohérentes.
L’égalisation de la façade n’est qu’un moyen de corriger d’éventuels défauts des HP et de l’acoustique de la salle si celle-ci est trop sollicitée ou encore de prendre en compte la densité du public. Dans la configuration d’une sono distribuée, elle ne pourra se faire qu’à l’oreille en se promenant sur toute l’audience.