Écoutes comparatives
Nous voici dans le domaine où le subjectif est roi, le lieu où toutes les bêtises sont affirmées. Nous nous sommes tous fait bernés au moins une fois dans notre vie. Soyons humbles et comprenons.
Lorsque Mr Phil Idyo désire s’acheter le dernier cri en matière d’enceintes, il se rend chez le fournisseur d’enceintes acoustiques voisin. Le vendeur lui propose alors deux ou trois modèles hors de prix. Phil ne parvient pas à se décider concernant le modèle de ses rêves. Le vendeur lui propose alors de passer à l’auditorium dans la salle voisine. Le vendeur entame alors une procédure d’écoute comparative avec un de ses CD fétiche, légèrement flatteur. C’est dans ces conditions que dans la majorité des cas, le client se retrouve avec l’assurance d’avoir fait la meilleure affaire car il a entendu la différence, mais dans quelles conditions... Le pouvoir de conviction de certains vendeurs peut aussi contribuer à mettre un terme à l’hésitation du client.
Dans un but démonstratif et scientifique, quelques spécialistes jugent de la qualité d’un amplificateur à lampe comparée à celle d’un amplificateur à transistor. Ces grandes oreilles reconnaissent que l’amplificateur à lampe recèle un son plus agréable mais que la différence n’est pas extraordinaire. C’est une fois le test fini que l’on s’aperçoit que les systèmes comparés en raison d’une erreur de branchement étaient toujours le même...
Mr Jean Tanhmieu a écouté au studio voisin une paire d’enceinte qui sonne comme jamais il a entendu auparavant, il recommande aussitôt à ces amis d’en faire l’acquisition. Ces amis ne sont pas réellement satisfait du son une fois l’acquisition faite. Lui-même reconnaît que ce n’est pas exactement ce qu’il attendait de ces modèles. A quoi bon, Jean pense que le problème vient certainement de la série de fabrication du tweeter, du manque de rodage, du cache avant, de l’ampli, des câbles, du secteur ...
Le problème n’est pas évident et multiple. Notre cerveau possède une lacune : une malléabilité effroyable. Il est parfois de bonne humeur, un peu excessif et rarement juste. Nos oreilles ne sont pas fiables dans la mesure où l’interprétation se fait par le cerveau. Il suffit d’être de bonne humeur pour apprécier une musique que vous auriez rejeté la veille.
Il est donc quasiment impossible de comparer la qualité de systèmes audio à des moments différents et encore moins dans des lieux différents. Notre mémoire auditive est très courte, l’oreille absolue (capacité de reconnaître la tonalité) est un phénomène différent.
Notre écoute est sélective, notre attention est portée sur le rythme, la mélodie, le timbre ou autre mais jamais globalement.
Enfin pour des raisons déjà évoquées la qualité du lieu d’écoute est responsable de manière équivalente à celle de la qualité du monitoring.
Pour pouvoir comparer deux appareils, il faut déjà disposer d’échantillons sonores variés qui seront sélectionnés par leurs aptitudes à mettre un ou plusieurs défauts particuliers en valeur.
Ainsi, un morceau comportant de l’orgue, de la contrebasse ou un pied ce caisse permettra un jugement fiable de la réponse dans le bas du spectre. Une symphonie ou tout autre enregistrement acoustique comportant de nombreux instruments qualifiera la réponse spectrale globale ou encore la spatialisation. Une voix chantée ou non donnera des informations sur la clarté, la présence, la phase ou encore l’intelligibilité. Un morceau très dynamique sera pertinent pour qualifier la distorsion ou le bruit de fond.
En fonction de l’appareil que vous voulez tester, la difficulté réside parfois à synchroniser les deux sources. Le jugement auditif est largement favorisé lorsque que l’on passe alternativement d’un système à un autre en écoutant le même échantillon. La sélection de l’un ou de l’autre se fera par la console ou tout autre appareil ne produisant pas de clics à la commutation.
Le volume d’écoute doit être ajusté à chaque item pour les deux appareils en test. Un système écouté plus fort est toujours jugé meilleur. Les artefacts importants (dynamique, réduction de spectre) que peuvent créer les systèmes testés ne donnent pas la même intensité globale sonore en fonction de l’échantillon sonore...
Un entraînement est nécessaire pour identifier les légères variations que peuvent révéler un problème précis, avec des passages musicaux connus.
Dans le cas d’écoutes comparatives d’enceintes, on les disposera juxtaposées de part et d’autres Figure 1. Hormis les différences énormes ressenties sur la stéréophonie et la spatialisation, l’influence des parois et des modes propres du local peuvent largement défavoriser l’un des deux dispositifs. Profitez d’être à plusieurs pour faire une écoute en aveugle à travers un rideau fin ne dénaturant pas le son.
On constate que le jugement auditif est largement influencé par la perception visuelle. La perception de la localisation par exemple est fortement influencée par l’image de l’écran. L’esthétisme, la marque, l’éclairage, la forme de l’enceinte sont autant de facteurs corrompant de manière significative la justesse du jugement.
Les enceintes de moyennes gammes ont des colorations propres qui peuvent pour des morceaux de pop, de variété ou de rock dénaturer le mixage initial. Certaines enceintes peuvent faire ressortir un instrument devant les autres et être préférer à la qualité artistique initiale. Pour tous ceux dont le métier est de mixer, il s’avère parfois difficile de ne pas juger le mixage comme un attribut de qualité. Essayez de vous en détacher, vous ne jugez pas ni l’interprétation musicale, ni le travail en studio.
Si les appareils testés ont des qualités similaires ou si votre test concerne un jugement de la dégradation engendrée par une réduction de débit ou par un traitement quelconque, il est recommandé d’ajouter un test de vérification pour vérifier la fiabilité du juge ou du jugement.
Pour trouverez sur le site www.pcabx.com, Figure 2, de nombreuses information sur les test en double aveugle (on ne sait pas où se situe la référence à chaque extrait sonore) ainsi qu’un petit utilitaire permettant de faire des tests comparatifs à l’aide de son PC.

Figure 1
Verdict
On ne qualifie pas aussi aisément de la qualité d’une enceinte de la richesse d’un préamplificateur de la fiabilité d’un convertisseur, d’un lecteur vinyle ou d’un lecteur CD sans prendre un maximum de précautions.
Essayons de donner un jugement pertinent dans notre évaluation, tout d’abord en expliquant le contexte du test et d’autres part en qualifiant le plus précisément la nature du défaut ou de l’avantage perçue.
Ce n’est pas parce qu’un appareil sonne mieux que le produit est meilleur. Dans le cas d’un effet à lampe par exemple, le rendu sonore est plus agréable malgré le fait que le son originel a été altéré.
Étalement spectral, équilibre spectral, dynamique, distorsion, fatigue auditive, clarté, spatialisation, localisation, profondeur, fatigue auditive, intelligibilité, transparence.
Ces termes ou d’autres y faisant références ont des sens défini pour chacun d’entre nous et permettre de mieux corréler l’impression subjective au concret.

Figure 2